Historique de la Foire de la Balme

par Robert Michelin






HISTORIQUE DE LA FOIRE DE LA BALME

La Balme, hameau de la commune de Bouhans (S-et-L) doit son nom à la famille de La Balme, originaire du Bugey, qui, ayant acquis la seigneurie de Sauberthier (Maison noble proche des ducs de Bourgogne) et d’autres, transmit son nom à ce hameau bressan. 

De 1636 à 1645 la Bresse, dite maintenant bourguignonne (française), se trouve au centre d’une lutte l’opposant à la Franche-Comté (alors espagnole) dans le vaste conflit européen - dit ici « Guerre de dix ans ». Elle connait de grandes calamités liées aux combats, aux ravages de la soldatesque (villages pillés, incendiés), ce qui la laisse fort affaiblie.

Création de la foire de La Balme :

En 1645, le seigneur Louis de La Balme, conscient que la paix va ramener la prospérité, raviver les échanges entre Bourgogne et Comté, demande au Roi l’autorisation de créer une foire devant se tenir le lendemain de la St-Louis (26 août) et jour suivant. Des éléments plaident en sa faveur : lieu situé tout près de la frontière de Comté (pays alors étranger) sur la route militaire Chalon-Lons-le-Saunier, mais aussi sur la route du sel de Salins aux ports de Seille. Et puis le 25 août se tient déjà une fête à la Balme près de la chapelle Saint-Louis où les habitants viennent faire la fête après la messe et la « montre  d’armes » (ou revue de l’équipement « militaire » des hommes du pays). Le seigneur décide qu’étant sur place, armés, ils doivent garder la foire la nuit à cause des risques de vols, et ce sous peine d’amende.

La création d’un bureau de douane à l’Etalet : un atout indéniable :

Au début, la foire attire surtout des marchands de draps ou toiles. Et cela dure ainsi jusque vers 1680 où le seigneur d’alors, François-Philippe de Scorailles (petit-fils de Louis de La Balme) obtient qu’un bureau de traites foraines (douane intérieure) soit créé au Pont de l’Etalet (sur la Seille), tout près du champ de foire, facilitant grandement la venue des marchands de Comté, etc. Ce seigneur, maréchal de camp (général) des armées du Roi, est aussi un cousin de Marie-Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges, favorite du Roi Louis XIV, ce qui facilite grandement les démarches. Et puis la Franche-Comté est devenue française en 1678. Cet avantage porte ses fruits car la foire se développe, d’autant plus que le receveur des traites foraines vient encaisser ses droits de passage sur la foire même. Ainsi les marchands venant de Comté, de Suisse, ne payent que sur les marchandises réellement vendues et ne courent pas le risque de payer deux fois en cas d’invendus.

Une organisation rigoureuse de la foire en 1722 :

En 1722 le seigneur devenu marquis de Scorailles, en récompense de ses faits de bravoure au cours des guerres de Louis XIV, face au développement grandissant de la foire, entreprend de la réorganiser avec ses grandes et petites halles, ses rues marchandes spécialisées selon l’activité (rue de la dentelle, de la quincaille, etc.), ses cabarets, ses jeux : de quilles, de la mort (ou « gobiotte »). Une cour de justice se tient à la foire, avec son carcan, sa prison pour les délinquants vendant à faux poids, trichant, et bien entendu les voleurs. Les gendarmes en assurent la surveillance. Il s’y vend de tout (au moins 25 métiers différents), on joue aux jeux de hasard, on danse à la « fête baladoire » au son du hautbois, de la musette (cornemuse), après avoir demandé la permission au seigneur ; d’autres y négocient des bœufs, des chevaux, des moutons, des cochons, etc. Pour les places couvertes dans les halles, etc. les marchands paient un droit d’entrée puis une redevance annuelle.  L’absence pendant trois ans fait perdre cette sorte de « droit au bail ». C’est donc bien une foire au sens propre du terme. Il y vient des marchands de Chalon, de Louhans, de Beaune, de Dijon, de Comté mais aussi de régions éloignées : Lyon, Savoie, Auvergne, Cambrai, etc.

Les Fermes Générales du Roi perturbent la foire :

La Comté devenue française a gardé de nombreux avantages fiscaux importants (sur le sel et autres activités commerciales), ceci amenant une forte contrebande liée à la différence de taxe : sur la gabelle (impôt sur le sel), le tabac, le commerce des chevaux, etc. entre Bourgogne et Comté, d’où l’importance des contrebandiers tels Mandrin, le plus célèbre de tous dont on disait qu’il avait mis à contribution le château de la Balme. Le bureau de douane de l’Etalet est très sollicité et ses gabelous, fort actifs, se montrent souvent impuissants face aux multiples contrebandiers. Dans les années 1770 les Fermes Générales (douanes) font tant de zèle qu’elles en viennent, entre autres, à perturber les marchands de Comté, de Suisse, venant à la Balme. Ainsi le receveur ne vient plus à la foire, obligeant les marchands à payer davantage, multipliant les tracasseries administratives. De plus les « gabelous » se mettent à fouiller sans vergogne les tentes des marchands sur le champ de foire. Le marquis de Scorailles (lieutenant général des armées du Roi) se plaint amèrement à Versailles à cause de la baisse de fréquentation et tout rentre dans l’ordre.

La Balme est aussi un lieu d’enrôlement militaire parfois abusif où de pauvres bougres sont engagés de manière pas très légale. Les gendarmes eux-mêmes y craignent les voleurs, demandant au marquis de pouvoir enfermer leurs chevaux dans la cour du château pendant la foire.

Le calendrier républicain : une cause de fort mécontentement :

Pendant la Révolution, la Balme subit les aléas liés aux profonds changements. Certains bénéficient aux vendeurs (suppression des droits de place, des droits de passage (traites foraines), etc.) ; mais la création des assignats et leur très forte dévaluation altèrent la confiance, ce qui nuit fortement aux échanges. De plus l’institution du calendrier républicain, entrainant des confusions dans les dates, provoque de nombreux problèmes car la foire dure alors cinq jours et les commerces spécialisés (blé, bétail, etc.) se pratiquent à des jours déterminés. Des marchands ou acheteurs viennent la veille ou le lendemain des transactions, désorganisant les marchés.

1815 ou la Révolution des cocardes :

La foire de La Balme d’août 1815 est le théâtre d’une « mini révolution » où fleurissent cocardes tricolores et blanches. L’Empereur Napoléon 1er a abdiqué mais conserve en Bresse de très nombreux partisans. De plus, le nouveau pouvoir a augmenté les taxes sur les boissons, d’où un fort mouvement de mécontentement. L’on voit sur la foire d’anciens grognards en « schakos ». Le Fisc ne peut prélever ses taxes sur les boissons. Un vent de panique flotte et les autorités régionales entrevoyant un début de révolte à cette occasion, pensent au pire et alertent les autorités parisiennes qui sont persuadées que la Bresse se révolte. Finalement, tout rentre dans l’ordre car ce ne fut qu’un mouvement d’exaspération des cabaretiers à cause des taxes sur les alcools.

Le marquis de Scorailles vend ses domaines et sa foire :

L’année suivante (1816) Charles-Joseph, dernier marquis de Scorailles, ruiné, vend quasiment tous ses biens, et le fameux champ de foire de La Balme qui passe à la famille Coste de Chalon. La foire est très importante et rassemble environ 350 marchands venant de Bourgogne, Franche-Comté, Lyonnais et autres régions. Elle dure huit jours. C’est aussi le lieu où se fixe le cours de blés pour l’approvisionnement de la ville de Lyon.

La longue lutte de la commune pour les droits de foire :

La foire reste donc privée, le propriétaire encaisse les droits de place. Alors la commune de Bouhans enrage. En 1817 elle s’empare des recettes de la foire mais sa tentative s’avère un échec. Puis elle tente de grignoter les droits sur la Grande Rue. Malgré plusieurs changements de propriétaires, la commune ne pourra enfin acquérir le champ de foire qu’en 1889 mais à cette époque la foire est déjà bien déchue. En effet, depuis les années 1860 la situation générale change, ce qui lui porte un coup. L’arrivée du chemin de fer (Chalon-Lyon en 1854), la création de marchés aux grains réguliers avec grenette couvertes dans des bourgs importants, des commerces sédentaires se développant dans les chefs-lieux de canton, le nombre des foires en augmentation, des routes améliorées, tout ceci modifie sérieusement la donne. L’élevage se modifie au profit des bovins, les moutons (et donc la laine) sont peu à peu délaissés. La Balme, avec sa foire annuelle, n’est donc plus autant adaptée aux besoins et aux échanges, notamment pour le commerce des blés. De plus la libération des échanges en France permet l’introduction des blés orientaux alimentant Lyon. Pensez qu’en 1857 il se vendait encore 40 000 hectolitres de blé à la Balme ! En 1861 : plus que 3 750 hectolitres. C’est vous dire. Mais la foire enregistre encore des transactions diverses pendant trois jours (plus autres jours pour tout type de commerce).

Une foire devenue « bressane » :

La foire suit donc son cours avec ses aléas. En 1878 une seconde foire, voit le jour le 21 mars. Mais elle ne connaitra jamais de succès réel et disparait dans les années 1930.

En 1890 la foire d’août dure deux jours. Elle est encore bien active pour le bétail et autres marchandises mais est devenue une foire bressane. Après la Grande Guerre (14-18) les chevaux tendent à remplacer les bœufs d’attelage. La Balme devient la plus grande foire aux chevaux de la région avec jusqu’à 1 000 bêtes vendues chaque année. Malgré tout le bétail en général (y compris les porcs) y reste fort important. Sans oublier le commerce de la plume, du duvet, de la laine que les jeunes filles à marier viennent chercher en ce lieu. On vient à la Balme aussi pour faire le fête dans les nombreux cabarets, les cirques, les bals, voir le cinéma, les bonimenteurs, la « fée électricité », les manèges, les jeux ; et puis il y a le Bois de la Lune à proximité où les bohémiennes ne manquent pas de subtiliser le porte-monnaie de quelque galant un peu trop naïf. Et les gamins venant pour la première fois à la Balme sont peu rassurés car ils devront embrasser le postérieur de la Mère Mouron (dite la « Vé-ille »), femme âgée qui a trop mangé de mûres tout l’été.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, La Balme est encore bouleversée car elle perd tous ses principaux marchés : blé, laine, duvet et plume ; chute des transactions sur le bétail à cause des ventes à domicile. Et puis ce qui intéresse maintenant, ce sont les tracteurs, le matériel agricole, les appareils ménagers pour les femmes. Les jeunes quittent la campagne et ne reviennent que le dimanche.

1966 : Le grand retour de la foire vers les sommets nationaux :

Après les années 1960 la foire est moribonde et se restreint à une cinquantaine de commerçants autour des baraquements du centre, autour des chênes. Le conseil municipal, sous la présidence du maire M. Gérard Paget, décide de changer la date de la foire fin 1965 pour la reporter au week-end le plus proche.  Cette heureuse initiative va véritablement relancer la foire. Elle repart rapidement et se classe dans les tous premiers rangs nationaux des foires rurales françaises (après Beaucroissant en Isère, Longwy-sur-le-Doubs –Jura- et Poussay dans les Vosges). Le nombre d’exposant atteint 450-500 et la fréquentation annuelle de 30 000 et 40 000 visiteurs. La commune, pour développer sa foire, agrandit sérieusement son champ de foire dans les années 70-72, trace de nouvelles allées, installe trois parkings payants tout autour, la sécurise grâce à de nombreux gendarmes et gardes mobiles.

La foire attire des marchands surtout de Bourgogne, Franche-Comté, Lyonnais qui en représentent 92 % mais 30 départements et 14 régions françaises y sont présents ; le samedi étant consacré aux ventes d’animaux d’une part (près de 800 vers l’an 2 000) et aux commerces en tout genre. Un nombre considérable de visiteurs répartis dans 8 ou 9 000 voitures vient se distraire, déjeuner sous les nombreuses tentes, les jeunes faisant la fête sur les manèges. Le dimanche voit l’activité commerciale se poursuivre mais avec accentuation de la fête foraine. Un Comité de Foire, présidé par le maire, secondé par la secrétaire de mairie et deux membres est chargé de l’organisation de la foire.

La foire de nos jours :

La foire évolue petit à petit. La commune installe des sanitaires, goudronne des allées, refait son plan de foire à différentes reprises. Le bétail quitte ses ombrages séculaires près de l’ancienne prison pour aller dans un terrain découvert plus au sud, moins ombragé mais plus sécurisant. Des attractions nouvelles viennent de temps à autre : hélicoptère, montgolfière, etc. Une régie des recettes de la foire voit le jour en 1997, modifiée en 2001. Les droits de place sont matérialisés par des reçus de carnets à souche ; les voitures stationnant reçoivent des tickets. La foire a ses services de santé : médecin, ambulance (Samu) ; un vétérinaire pour les animaux. Mais aussi une animation par radio. La nuit une société privée garde la foire. La journée, la gendarmerie assure la circulation, la surveillance. Des placiers encaissent les droits. Les pompiers veillent en permanence.

Ces dernières années, la crise économique laisse, comme pour toutes les foires de ce genre, ainsi que pour l’économie en général, des traces et des évolutions, notamment sur le matériel agricole. La foire reste importante avec son bétail – surtout les chevaux de selle - , l’habillement en général, l’alimentation, et ses commerces en tout genre. Il y a de tout à la Balme dit-on ! Les gens viennent encore faire la fête, se rencontrer en plein champ dans un lieu quasi mythique depuis des siècles. La foire reste un très grand rendez-vous entre Bressans et Bourguignons, Franc-Comtois, voire Lyonnais.

Actuellement la commune a son site Internet fort utile pour les inscriptions, les renseignements, pour la connaissance de la foire, son historique.



Robert MICHELIN

Auteur de l’ouvrage « La foire de La Balme », 220 pages, Editions Bernadat, La Charité-sur-Loire, 1983, préfacé par M. Marcel PACAUT, alors titulaire de la chaire d’Histoire médiévale à l’Université Lyon II, et fondateur de Sciences-Po Lyon. Ouvrage primé au Prix des Terroirs d’entre Loire et Jura.

Autres ouvrages de Robert MICHELIN :

-« Les larmes d’or – ou La vie rurale en Bresse bourguignonne de Louis-Philippe à Napoléon III », 500 pages, Editions Maisonneuve et Larose à Paris, 2002. Ouvrage primé au Prix Bourgogne.

-« Le canton de Pierre-de-Bresse en 1900 », 76 pages, Editions de Saint-Seine l’Abbaye

-« Le canton de Saint-Germain-du-Bois au début du siècle », 180 pages, Editions Groupe 71 à Mâcon

-« Us et coutumes de Bresse : paroisse de Montpont » 1971, Editions L’Arche d’Or à Dijon

-« Philibert Vitry, un bandit bressan au XVIIIème siècle » par Aloïs de Saint-Sauveur (pseudonyme), 200 pages, Editions L’Harmattan, Paris, 2009

-« L’abbaye Notre-Dame du Miroir : sa place à Cuiseaux du XIIème au XVIIIème siècle », 48 pages, Amis de Cuisel, 2010

-« Etienne de Sainte-Croix, chanoine de Saint-Vincent de Chalon. Sa famille, sa vie, sa pierre tombale. », 84 pages, Mémoires de Village, Sainte-Croix, 2012.

En préparation :

-« Histoire de l’abbaye Notre-Dame du Miroir, 11ème fille de Cîteaux » (de 1131 à la Révolution). 35 ans de recherches dans les archives de Bourgogne, Franche-Comté, Lyonnais ; Archives Nationales.



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